Le Grand Jardin (52) Sous le signe du buis et des fruits

Au cœur de la petite cité de caractère de Joinville en Haute Marne se niche une de ces élégantes résidences de plaisance en vogue au XVIIe siècle, entourée d’un jardin où fruit, buis, symétrie et fantaisie se côtoient avec bonheur.

L’entrée du Grand Jardin est sur l’arrière du château. Sur la droite, en entrant, en contrebas, le long de la façade est (arrière), des parterres de broderies de buis taillés sont égayés de toutes sortes de fleurs qui changent avec la saison. L’ensemble est entouré d’arbres fruitiers en contrespalier. De grands ifs sculptés, alignés en haie d’honneur, constituent le toparium (créé en 2015),  une sorte de catalogue vivant des formes géométriques de topiaires que l’on peut trouver dans les jardins du Château de Versailles. Le château, élégant, entouré de douves sur trois côtés semble flotter sur l’eau. Longeant le canal qui prolonge les douves, d’autres parterres de broderie rythment la promenade. Ils accueillent de la lavande, de la santoline, des fleurs plus saisonnières comme des tulipes au printemps ou des cléomes, œillets d’Inde, lin… en été. Des arbres fruitiers palissés s’appuient sur le mur qui clôt le domaine au sud.  Là encore des allées surélevées offrent un point de vue en surplomb sur ces entrelacs de buis. 

Face au château s’alignent le jardin Renaissance. Géométrie, symétrie, ligne droite sont la règle de sa composition. Les allées se croisent en croix. Les parterres sont d’exacts carrés. Deux grands carrés soulignés d’un triple feston – du buis en bordure basse, des rosiers de Provins, des treillages en bois – regroupent d’un côté des aromatiques (hysope, thym, cerfeuil…), de l’autre des plantes médicinales : digital, germandrée, aconit… « une officine naturelle à portée de main » selon les dires d’Olivier de Serres.

 

Le parc Pittoresque est la partie la plus naturelle du jardin, avec ces grands arbres, de grands espaces, une ombre rafraîchissante… que l’on apprécie les chaudes après-midi d’été. Cette partie du jardin a été rénovée en préservant les vieux arbres présents et en en ajoutant d’autres d’essences plus rares – hêtre pourpre, copalme d’Amérique (Liquidambar styraciflua), frêne panaché (Fraxinus excelsior ‘Variegata’)… – afin de la transformer en arboretum. Les anciens canaux suivent désormais un cours sinueux comme s’il s’agissait d’une vraie rivière qui paresse dans l’herbe fraîche. Les allées ondulent entre les arbres. Un couple s’accorde une pause dans les chiliennes rayées disposées ici et là à l’ombre.

 

C’est où

A Joinville (52300). Tél. : +33 (0)3 25 94 17 54. www.haute-marne.fr.

Ouvert du 26 mars au 30 octobre. Tous les jours sauf le mardi du 30 mai au 18 septembre, uniquement le week-end aux autres périodes d’ouverture.

En voiture : depuis Paris, 240 km, par l’A 5 direction Chaumont, ou par la N 4 via Saint-Dizier, puis N 67.

En train : la gare de Joinville (à 2 h 30 de Paris) est la plus proche.

Contacts : maison du tourisme de Haute-Marne : 03 25 30 39 04. www.tourisme-hautemarne.com ou tourisme-champagne-chaumont.com

Pourquoi y aller ?

– Pour la structure originale du jardin, élaboré à deux époques différentes : le jardin Renaissance, son tracé strict et ses cultures utilitaires agencées de façon très esthétique ; le jardin romantique ou parc pittoresque, sa rivière artificielle et ses grands arbres.

 

– Pour la star du jardin Renaissance qui barre la perspective au bout de cette allée centrale : une tonnelle en bois, un berceau pour être plus exact dans la terminologie, couverte de vigne. Pure création contemporaine, elle est inspirée d’une illustration du songe de Poliphile. Des bancs incorporés dans la structure permettent de s’y attarder pour jouir de son ombre et surtout admirer le travail du bois et l’habileté des artisans qui l’ont réalisée.

 

Ce que l’on préfère

– Le verger et ses plus de 365 arbres dont 70 variétés anciennes dont la plupart étaient déjà connues au XVIIe siècle : la prune ‘Perdrigon’, violette, allongée, le plus souvent séchée en pruneau, la pomme ‘Rambour d’Hiver, une variété française dont les origines remontent au début du XVIIe siècle, ou la poire ‘Cuisse Madame’, petite à la chair un peu croquante et juteuse. 

 

– La collection de plus de 150 variétés de buis différentes, agréée par le CCVS (Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées) : elle est nichée dans le sous-bois. Certains sujets déjà de belle taille commencent à être sculptés en formes animalières ou fantastiques. A vous de deviner ce qu’ils vont devenir !

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– L’histoire mouvementée du château et des jardins : Construit par Claude de Lorraine, baron de Joinville et duc de Guise, au début du XVIe siècle, la propriété ne fut jusque la Révolution qu’une demeure de plaisance où l’on venant se reposer ou accueillir des amis, une « maison de campagne », le « château d’en-bas ». Au milieu du XIXe siècle, dans un état critique, il est racheté par un riche maître de forge de la région qui en améliore le confort intérieur et l’entoure d’un parc romantique à l’anglaise. Fin des années 70, la propriété est rachetée par le conseil régional de Haute Marne, le jardin est classé aux Monuments Historiques. Côté jardins, la rénovation met l’arbre fruitier à l’honneur.

Prolonger la visite…

Impossible d’échapper à ces deux incontournables quand on vient en Haute-Marne : Le « parcours De Gaulle » à Colombey-Les-Deux Eglises (40 km de Joinville). Rendez-vous au Mémorial Charles de Gaulle. Tous les jours du 1er avril au 30 septembre ; fermé le mardi du 1er octobre au 31 mars. Tél. : +33 (0)3 25 30 90 80. www.memorial-charlesdegaulle.fr. 16,50 € (adulte).

Pour séjourner, Le Val du Roy, chambre d’hôtes dans un ancien couvent du XVIIe, 22, rue de Valleroy, 52300 Joinville. Tél. : +33 (0)6 07 55 43 67. http://www.levalduroy.com. Chambre double : 90 €.

Pour se restaurer : restaurant La côte verte, 76 Rue du General de Gaulle, 52300 Thonnance-lès-Joinville. Tél. : +33 (0)3 25 94 03 63. Des produits frais, de saison, cuisinés avec raffinement. Menus de 16 à 28 €. Fermé dimanche et lundi.

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Jardins du Nouveau Monde : Souvenirs, souvenir…

Le château de Blérancourt (02), c’est la noblesse du XVIIe siècle qui s’entiche de la campagne, la rudesse des combats de la Grande Guerre, les trésors végétaux d’Amérique… l’histoire d’une amitié entre deux nations dans l’écrin de ces jardins du Nouveau Monde !

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S’il est une saison où l’on ressent profondément la solennité du lieu, c’est bien l’automne quand l’arboretum des Jardins du Nouveau Monde revêt les couleurs de l’été indien. Le souvenir des combats passés et de toutes les bonnes volontés qui ont tenté d’en atténuer la cruauté est présent dans chaque fleur, feuille et pierre… du château de Blérancourt. En Picardie, la bataille fut rude : les lieux de souvenirs – nombreux – en témoignent. Mais celui-ci est singulier. Il mêle deux nations dans leur fraternité à travers les siècles, de la guerre pour l’indépendance des Etats-Unis à la Première Guerre Mondiale et notre lutte pour notre souveraineté. Il s’inscrit dans un jardin symbolique : des plantes américaines qui prospèrent sur le sol français ! Il y a presque 30 ans maintenant, trois paysagistes de renom se sont penchés sur la destinée de ces jardins du Nouveau Monde autour du château de Blérancourt, devenu Musée Franco-Américain : Michel Boulcourt, Madison Cox et Mark Rudkin. Encore des nationalités mêlées : le premier est français, les deux autres américains.

C’est où ?

Ouvert tous les jours sauf le mardi de 8 h 30 à 19 h (les jardins), de 14 à 18 h (musée). Accès gratuit aux jardins. depuis Paris, comptez 1h45, via Senlis et Noyon; De Lille,  1h50, via l’A1, l’A26 et D1.

En train : la gare la plus proche, c’est « Noyon » (14 km)

Pourquoi y aller ?

Pour l’une des plus belles collections de plantes d’origine américaine prospérant sur notre territoire, mise en scène de façon très élégante.

Pour le musée, entièrement rénové, qui a ré-ouvert ses portes en juillet dernier : il regroupe des collections autour de l’amitié franco-américaine, de la première guerre mondiale, des indiens en Amérique, un hommage à sa créatrice Anne Morgane…

Ce que l’on préfère ?

 

L’arboretum, financé par des mécènes américains par l’intermédiaire des Colonial Dames of American, Chapter IV (Paris). Il ressemble aux paysages du Nord-est des Etats-Unis. Les érables à sucre, de Virginie, à grandes feuilles, déclinent toutes les nuances du rouge, de l’orange et du roux. Le chêne écarlate vire au vermillon, tirant parfois sur le pourpre. On ne sait plus vers où tourner les yeux tant les couleurs sont époustouflantes. Et encore celui-ci, le copalme d’Amérique tout aussi rougissant ; ou  celui-là, le tulépo, dont le nom signifie « nymphe des bois », qui s’habille de cuivre et de carmin; cet autre, le tulipier de Virginie qui se pare d’or tout comme l’orme d’Amérique, un nordique que l’on trouve jusqu’en Terre-Neuve, aussi jaune d’or qu’un ginkgo.  Plus discret, mais d’une élégance rare, le frêne d’Amérique, appelé aussi « frêne blanc », se teinte d’un rose délicat. Et parlons aussi de l’amélanchier du Canada, bien plus grand que l’espèce commune qui pousse chez nous, marie l’orange et l’écarlate avant la chute de ses feuilles. Un original ? Le houx américain se remarque par les manchons de baies rouges qui enveloppent ses branches. Il perd ses feuilles, ce qui laisse, en hiver, toute la vedette à ses fruits écarlates.

 

Pour faire une pause…

Chez Ric et Fer : à Coucy le Château (15 km de Blérancourt), des chambres d’hôtes originales dans l’une des plus anciennes maisons du village, avec vue sur le jardin. 1, place du Marché. Tél. : 03 23 52 38 07. 

Hostellerie Le Griffon : à Blérancourt, à quelques pas du château, une cuisine traditionnelle et gastronomique, terrasse avec vue sur parc fleuri. 22, place du Général Leclerc 02300 Blérancourt. Tél. : 03 23 39 23 39. 

Des jardins – surprises qui amusent les enfants

 

 

Visiter agréablement un jardin avec 3 enfants de 5 à 10 ans, ce n’était pas gagné ! On nous avait bien dit que ceux du château de Vendeuvre (14) étaient attrayants avec leurs jeux d’eau. Nous demandions à voir. Leur réputation concernant les topiaires nous attirait. Nous avons décidé de tenter l’aventure. Une sortie plutôt réussie pour toute la famille… Le fil conducteur, c’est topiaires et fantaisie. A l’entrée de l’allée de la glacière, deux gros lapins arrêtent nos bambins : juste le temps de lire le premier panneau explicatif consacré à l’histoire du jardin et l’art topiaire. Tout est pensé pour le plaisir des petits et des grands !

C’est Où ?

En Normandie, à près de 40 km au Sud-est de Caen, à proximité de Saint-Pierre-sur-Dives, en pays d’auge.

Pourquoi y aller ?

Pour les jeux d’eau : une tête de cerf en bronze, des tortues qui crachent de l’eau à notre passage; un pont chinois dont les colombes s’animent de jets d’eau; un arbre de métal, un temple de la sérénité qui vous enveloppent d’une brumisation rafraichissante… A chaque surprise aquatique, une belle histoire nous est contée.

Pour l’aménagement végétal conçu en îlot qui l’élément liquide. Le chèvrefeuille arbustif couvre-sol est  sculpté en vagues. Il délimite des massifs de végétaux sculptés en topiaire, entre lesquels serpente la Dives. Des buis dorés en coussin symbolisent ces roches usées par le ressac. Un genévrier de l’Arizona se transforme en pieuvre grâce une taille en nuage. Des ifs fuselés se dressent comme des phares ici et là. Le clou du spectacle ? Un platane à feuille d’érable de plus de 350 ans haut de près de 9 m.

Ce que l’on a préféré

Les enfants : La fontaine nymphée décorée de ses 200 000 coquillages, notre halte gourmande aux cuisines et la superbe collection de mobilier miniature exposée dans l’orangerie. Les filles ont adoré le pont aux colombes à la légende romantique :

« Auprès du pont chinois rouge, une jeune fille se morfond. Elle attend l’âme sœur parfaite. Colombes et tourterelles décident d’aider l’oiseleur, leur ami, à conquérir la belle malgré ses traits disgracieux. Elles troublent l’onde ; la donzelle y voit la belle âme de son prétendant et se laisse enfin charmer. »

Les adultes : la variété des espèces utilisées pour les topiaires qui apportent leur zeste d’originalité : Buisson ardent (Pyracantha coccinea), Chèvrefeuille couvre-sol (Lonicera nitida ‘Maigrün’), Cyprès de l’Arizona (Cupressus arizonica), Eleagnus (Eleagnus x ebbingei), Hêtre (Fagus sylvatica), Houx panaché (Ilex x altaclerensis ‘Golden King’), Laurier sauce (Laurus nobilis), Osmanthe (Osmanthus delavayi), Photinia (Photinia x fraseri ‘Red Robin’), Thuya doré (Thuja orientalis ‘Aura’) et Troène doré (Ligustrum ‘Vicaryi’)

Faire une pause ?

Au gîte de la Cour Saint Jean : à 15 km de Vendeuvre, c’est une ferme typique à colombages, nichée dans un écrin de verdure (les Fresnots, 14140 Sainte-Marguerite-de-Viette. Tél. : + 33 (0)6 21 76 27 60).